L’orientation : émancipation ou culture de salon ?

lolS’orienter est un processus complexe, qui ne peut trouver sa résolution en trois clics de souris. Ce processus n’est pas non plus le monopole de quelques « experts » en psychopédagogie qui en revendiqueraient l’exclusivité. 

Non, le travail d’information est l’un de ses rouages essentiels. L’orientation ne se réduit certes pas à l’information, mais l’information est le socle sur lequel s’érige l’orientation, et en matière d’enseignement supérieur (mais c’est vrai également dans l’enseignement obligatoire), il y a bel et bien un déficit d’information !

Dès lors, comment les acteurs de terrains tentent-ils de répondre à pareil défi ?

Certains acteurs tentent d’articuler la question en tenant ensemble l’individuel et le collectif. Car, si l’orientation possède bien une dimension individuelle, elle relève également et avant tout d’une dimension collective. Intervenir sur cette dimension collective ne peut se faire que si, et seulement si, les associations exercent leur fonction d’interpellation auprès du politique et de la société civile, fonction d’interpellation qui prend ancrage dans le travail de terrain au quotidien avec les jeunes et leurs familles en matière d’orientation.

Cette conception, qui n’est autre que celle du travail social pour lequel les associations d’information jeunesse sont reconnues, connaît toutefois une dérive.

En effet, certains n’hésitent pas à substituer la propagande publicitaire au travail d’information des jeunes, travail d’information pour lequel ils sont en outre subventionnés par la collectivité. Surfant alors sur la vague consumériste, elles se transforment en relais complaisants du marketing des établissements scolaires à travers des salons sur les études, reposant sur le modèle de foires commerciales, où les établissements scolaires sont conviés à venir promouvoir leur « produits » moyennant le paiement de substantielles sommes d’argent. Sommes qui vont droit dans l’escarcelle de ces organisations, qui ont l' »originalité » de se retrancher derrière un statut juridique d’ASBL. Ce faisant, elles exercent une fonction à caractère lucratif pour laquelle une ASBL n’a pas vocation, mais surtout, elles oeuvrent en faveur d’un système scolaire basé sur la sélection sociale, c’est-à-dire un système profondément inégalitaire.

En vue de conférer pleinement à l’orientation sa dignité socio-éducative, il y aurait lieu de l’extraire de cette gangue marchande, en créant au sein du ministère de tutelle une cellule « orientation » qui en assurerait le pilotage selon une conception pédagogique et citoyenne de l’information et de l’orientation. Dispositif dans lequel les centres d’information jeunesse, munis de méthodes participatives et pro-actives, exerceraient leur rôle de service au public.

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken