Edito : « Cours de rien », les dieux sont-ils tombés sur la tête ?

 

images (1)A écouter les conversations de café du commerce , Joelle Milquet aurait un goût  immodéré  pour le surréalisme à la Belge et les innovations sans queue ni tête . Au point, à en croire la rumeur , qu’elle souhaite organiser les mercredi après-midi « des cours de rien ».  A peine croyable me direz-vous. Mais qu’est ce qui fait  donc courir Milquet ? Et  comment est-il possible que «  des cours de rien »   fassent couler autant d’encre ?

Ne vous y tromper pas : derrière cette polémique qui semble futile ou incompréhensible à beaucoup , se cache une potentielle refonde de notre système scolaire organisé en réseaux.

Mais, afin de comprendre les questions qui se posent aujourd’hui, des rétroactes s’imposent.

Il nous faut remarquer que l’article 24 de la Constitution consacre le  libre choix des parents en matière scolaire et dispose que : «  La communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des élèves. Les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent , jusqu à la fin de l’obligation scolaire, le choix entre l’ enseignement d’une  des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle » . Si cet article consacre l’obligation dans le chef de  l’Etat d’organiser des cours de religion et de morale confessionnelle, il ne fait pas du suivi de ces cours une obligation.

L’arrêt pris en date du 12 mars 2015 par la Cour Constitutionnelle, vient confirmer cette interprétation. Suivre les cours de religion et/ou de morale dans l’enseignement officiel devient dès lors facultatif..  L’argument selon lequel ni les cours de religion , ni les cours de morale n’étant neutre ayant été validé par la Cour, l’état garant de la neutralité se voit imposé l’organisation de « cours » non convictionnels.

Placée devant cette décision  de justice, Joelle  Milquet n’avait dès lors plus le choix. Elle devait organiser ce que d’aucun vont  appeler de manière stigmatisante «  des cours de rien  ». Cette appellation, certes réductrice, s’est imposée avec d’autant plus de facilité que l’appellation officielle «  EPA » – à  savoir «  l’encadrement pédagogique alternatif » – reste nébuleuse pour le commun des mortels .

Ne  nous y trompons pas : ce débat qui peut paraître futile ou purement technique  est susceptible de générer des modifications en profondeur de notre système scolaire .

A l’heure où le vivre ensemble fait l’objet de nombreuses discussions, est-il vraiment souhaitable et porteur que les jeunes ne puissent discuter ensemble des problèmes de société ? Devoir décliner son appartenance à tel courant religieux ou philosophique à l’école est-il judicieux ? Cela ne contribue-t-il pas à figer les identités ? Promouvoir la mixité sociale et culturelle, c’est générer un maximum d’espace commun. Trop souvent aujourd’hui encore , tous les enfants qui suivent la religion musulmane ou la morale sont regroupés dans une même classe et n’ont que peu de possibilité d’échanges.

L’instauration  d’un EPA pour une période transitoire n’est que le prélude à l’organisation de cours de philosophie et de citoyenneté dans l’enseignement officiel. Dès 2016 pour le primaire, et dès 2017 pour le secondaire. Ces réformes vont-elles également toucher l’enseignement libre confessionnel ?

 La Ministre a déposé un  avant projet de décret  portant organisation du cours de philosophie et de citoyenneté. Celui-ci a été transmis au Conseil d’Etat, qui a remis un avis négatif. En effet, le Conseil d’Etat considère que les différents réseaux se voient appliquer une inégalité de traitement.

Le Conseil d’Etat observe que les élèves de l’école publique bénéficieront d’un cours de citoyenneté avec  un référentiel, un programme ,des matières à étudier et des évaluations. Tandis que dans le libre, l’avant projet de décret n’évoque qu’un cadre général portant sur la citoyenneté. Il convient de remarquer qu’un référentiel a une force contraignante , ce qui n’est pas le cas d’un cadre général.. Pour la Ministre l’on peut sans difficulté étendre la notion de référentiel à tous les réseaux . Toutefois dans le libre confessionnel , la citoyenneté ne fera pas l’objet d’un cours à proprement parlé, mais sera transversale et pourra être enseignée tant au cours de religion qu’au cours d’histoire ou de français, etc.

Si la Ministre soutient que tous les chemins mènent à la citoyenneté, elle n’a en tout cas pas pris le chemin de l’égalité.  Bilan : « Cours de rien », et si les dieux était bel et bien tombés sur la tête !

Chantal Massaer, Directrice

Infor Jeunes Laeken

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