Atelier 3 : Les jeunes et l’état de droit dans tous ses états

Deux questions ont été au centre des débats de notre atelier :

1) Comment expliquer le fait que les intérêts et modes de vie des adolescents et des jeunes soient si peu pris en compte par le politique durant la gestion de la crise du Covid, puis comment remédier à cette situation ?

Les constats sont les suivants :

  • Le Délégué général aux droits de l’enfant a expliqué avoir tenté lors du premier confinement des contacts avec le cabinet de la Première Ministre, et cela sans succès.

L’actuel gouvernement semble plus enclin et plus intéressé à la question, et il a fait du maintien de l’enseignement une priorité.

Les pédiatres ont pu faire entendre des considérations sur les besoins des jeunes de moins de 12 ans.

Hormis concernant l’école (et encore avec beaucoup de bémol), rien n’a été pensé pour les plus de 12 ans, en particulier pour les adolescents et les jeunes adultes.

  • Il faut remarquer que les adolescents ont plus que quiconque besoin de contact sociaux, le regard des pairs est fondamental durant cette période pour se construire. Les jeunes en sont largement privé. L’impact sur leur bien-être et leur santé mentale est évident mais pas pris en compte.
  • Des MADOs (maisons des adolescents) existent pour proposer à ceux-ci des services transversaux appelés à répondre à leurs besoins spécifiques, mais ces structures n’ont pas à notre connaissance relayé ces besoins auprès des autorités dans la gestion du Covid.

Le peu d’intérêt porté à la situation des jeunes est-il le fruit d’un éclatement des compétences jeunesse en Belgique ?

Il faut remarquer qu’à l’heure actuelle la ministre Valérie Glatigny est tout à la fois compétente pour les centres de jeunes les organisations de jeunesse, les AMOs mais aussi pour l’enseignement supérieur. Toutefois le fait que celle-ci cumule ces compétences, n’a pas eu d’effets sur une prise en charge ou une prise en compte des besoins des jeunes en période Covid.

  • La question est posée est de savoir quel rôle le conseil de la jeunesse a-t-il endossé durant cette période ? Il semblerait que celui-ci soit resté muet par rapport à la gestion du Covid et des jeunes.
  • Certains pensent que les conseils de prévention jeunesse pourraient relayer la parole des jeunes. Il faut toutefois noter que parler des jeunes en termes de prévention semble d’emblée indiquer que l’on aborde les jeunes, d’abord comme un facteur de risques avant de les aborder dans leur potentialité.

Il convient aussi de rajouter que l’experte Céline Nieuwenhuis, experte pour le secteur social qui siégeait dans les différentes instances d’experts lors du premier confinement. Cette experte, qui a démissionné, indiquait pour sa part combien il était difficile de faire entendre une autre voix concernant les problèmes sociaux. Elle dit, je la cite : « lorsqu’il s’agissait de problèmes économiques, ils devaient être abordés sur un plan pragmatique, mais lorsque j’abordais des questions sociales ou des questions relatives à la pauvreté tout de suite ces questions étaient perçues comme des questions idéologiques».

Les participants soulignent le fait que la gestion de cette crise est particulièrement répressive, en date du 10 août 2020 on a plus de 92 764 infractions Covid constatées dont plus de 17 000 dans le chef des jeunes.

Un belge sur cent est doc désormais un délinquant.

Le pourcentage des jeunes faisant l’objet de sanction étant encore plus grand.

En octobre, les chiffres communiqués, à savoir 107 000 infractions commises, n’établissent plus de distinction entre les classes d’âges. Il serait important d’interroger le collège des procureurs à ce sujet.

2) La deuxième question portait sur le rôle du Parlement dans la gestion covid et les dysfonctionnements démocratiques qui en découlaient.

Les participants soulignent le fait que c’est le pouvoir exécutif qui a pris la main avec les experts, ce qui confère une tonalité particulièrement autorité à la gestion de la crise.

Si l(on veut générer plus de citoyenneté et plus d’adhésion, il importe que le Parlement se saisisse des débats en toute transparence. Nous notons par ailleurs que l’on parle souvent dans la gestion de cette crise ce « populations » mais pas de citoyens.

A l’heure où toutes nos libertés individduelles sont durement impactées par la gestion du covid, aucun débat à la hauteur de ces enjeux n’est mené.

Synthèse : Chantal Massaer, Directrice – Infor Jeunes Laeken

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