La question de l’absentéisme scolaire requiert une information correcte et un diagnostic adéquat !

image (69)Le lundi 21/10/2013 au matin, la Ministre de l’enseignement, Marie-Martine Schyns, était l’invitée de La Première (RTBF), pour répondre aux questions sur l’absentéisme scolaire (1).

Plusieurs intervenants ont exprimé leur point de vue au cours de l’émission. La majorité d’entre eux, y compris la Ministre, a désavoué les propos tenus par Thierry Willemarck, Président du BECI, concernant la possibilité de supprimer les allocations familiales en tant que sanction contre l’absentéisme. Néanmoins, nous avons tenu à répondre aux propos tenus dans cette émission, en y apportant  :

1) Des rectifications en matière d’information factuelle.

2) Des éléments pour un diagnostic adéquat, tendant à mettre en perspectives le phénomène de l’absentéisme en pointant les causes structurelles de celui-ci.

1) Un élément d’information majeur concernant les sanctions qui s’appliquent à l’absentéisme doit être apporté. En effet, la Ministre, ainsi que d’autres intervenants, ont invoqué l’application de la mesure prévue dans l’Article 84 du Décret « Missions » (Décret du 24/7/1997) qui stipule que « (..) Lorsqu’un élève mineur, soumis à l’obligation scolaire, compte plus de 30 demi-journées d’absence, le chef d’établissement est tenu de le signaler à la Direction générale de l’enseignement obligatoire. (..) », en passant sous silence ou en l’amalgamant avec la mesure prévue dans l’Article 85 du même Décret, à savoir : « (..) A partir du deuxième degré de l’enseignement secondaire, l’élève qui compte (..) plus de vingt demi-jours à partir de l’année 2010 – 2011 d’absence injustifiée, perd la qualité d’élève régulier sauf dérogation accordée par le Ministre en raison de circonstances exceptionnelles. L’élève majeur qui compte, au cours d’une même année scolaire, plus de vingt demi-jours d’absence injustifiée peut être exclu de l’établissement (..)« 

Ces éléments de l’Article 85 sont de premières importance, car perdre sa qualité d’élève régulier est déjà une sanction conséquente, puisque l’élève qui a perdu son statut d’élève régulier ne pourra pas voir son année validée (même s’il présente les examens !). De plus, s’il s’agit d’un majeur, l’école pourra éventuellement l’exclure. Il y a donc lieu de bien distinguer les mesures prises au nom de l’Article 84 et celles de l’Article 85. Ces dernières impliquant des sanctions lourdes dès 20 demi-jours d’absence injustifiée. 

2) Concernant le diagnostic de l’absentéisme, celui-ci oscille entre la stigmatisation de certaines catégories d’acteurs (certains types de jeunes et/ou de parents qui, selon certains, n’en auraient « rien à foutre ») et le manque de mesures pédagogiques adaptées. S’il est vrai qu’en l’espèce les bonnes pratiques pédagogiques sont indispensables, ces dernières s’avèrent bien souvent inefficaces dès lors que l’on ne prend pas en compte les facteurs structurels qui pèsent sur la problématique. Sans procéder à un inventaire exhaustif, épinglons ici rapidement deux facteurs inducteurs d’absentéisme : l’un touche à l’exclusion, l’autre à l’orientation :

– L’exclusion est la sanction la plus grave qu’une école puisse infliger à un élève. Parfois celle-ci est pleinement justifiée. En revanche, trop souvent, des écoles excluent en ne respectant pas la procédure légale qu’elle est tenue de suivre, et qui est clairement réglée par le Décret « Missions » (proportionnalité, vices de procédure, etc.). Néanmoins, l’exclusion, même justifiée, produit un effet délétère, dont tous les professionnels de l’aide à la jeunesse, ont un jour ou l’autre pris la mesure. En effet, la majorité des élèves exclus par un établissement resteront souvent plusieurs semaines, voire parfois plusieurs mois sans nouvelle école, livrés à eux-mêmes, souvent sans aide de l’école qui a exclu, et qui pourtant a obligation d’apporter une aide à la réinscription de l’élève dans un autre établissement. Cette situation est pour certains une amorce de déscolarisation, pour d’autres encore les prémisses d’une rupture sociale plus profonde. Et, dans tous les cas, un absentéisme décuplé. Face à un tel problème, Infor Jeunes Laeken, tout comme d’autres partenaires associatifs, recommandent notamment le maintien de l’élève dans l’établissement dont il a été exclu tant qu’une nouvelle école n’a pas été trouvée pour l’accueillir.

– En matière d’orientation, l’impact sur l’absentéisme n’est guère plus léger. Dans le système actuel, l’orientation vers des filières précises – général, technique de transition, technique de qualification, professionnel -, s’effectue à la fin du 1e degré du secondaire. Les statistiques des CPMS indiquent déjà depuis plusieurs années que 2 élèves sur trois orientés à la fin du 1e degré vers les techniques ou le professionnel, l’ont été de manière contrainte et non en vertu d’un choix positif. En conséquence, il ne faut guère s’étonner si le décrochage et l’absentéisme en techniques et en professionnel est – de loin – bien plus élevé que dans l’enseignement général (cf. Indicateurs ww.enseignement.be). Le remède a une pareille situation serait de mettre en place un véritable tronc commun général et polytechnique jusqu’à l’âge de 16 ans, qui permettrait d’effectuer ensuite un vrai choix vers des filières spécialisées et qualifiantes. Gageons qu’une telle solution aurait non seulement pour mérite de réduire considérablement l’absentéisme et le décrochage, mais aussi d’estomper la ligne de partage qui sépare les « bonnes » écoles et les écoles de relégation.

(1) http://www.rtbf.be/video/detail_connexions-comment-lutter-efficacement-contre-l-absenteisme-scolaire?id=1863209

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken 

 

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3 réponses à La question de l’absentéisme scolaire requiert une information correcte et un diagnostic adéquat !

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