Afin que les jeunes soient (enfin) pris en compte et que notre état de droit retrouve son assise…

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Nous vous avions adressé en novembre dernier une lettre d’interpellation cosignée par une dizaine d’associations de terrain sur le rôle passif et effacé du Parlement dans le processus de gestion de la crise covid. Nous autres, associations, avons vocation à promouvoir et mettre en œuvre la citoyenneté critique, la promotion de la santé ainsi que l’éducation permanente. A ce titre, le regard que nous posons sur la gestion de la crise continue à faire émerger des questions cruciales pour notre démocratie.

Plusieurs parmi vous ont répondu à notre courrier précédent et nous les remercions encore vivement pour cette démarche.

Parmi ces réponses, certains nous ont confié qu’ils et elles rejoignaient notre point de vue et avaient tenté d’argumenter dans le même sens lors de discussions internes, mais qu’ils ou elles n’avaient pu infléchir le cours des choses car leurs interventions n’étaient pas « audibles » compte tenu du caractère inédit de la crise que nous traversons et de l’effet de sidération qui semble l’accompagner.

D’autres se voulaient plus rassurants, arguant du fait que, selon eux, l’état de droit était toujours debout et qu’il n’y avait pas péril en la demeure.

Nous aimerions partagé cet enthousiasme, mais, hélas, force est de constater qu’il n’en est rien et que la situation actuelle est bien toujours la même que celle que nous dénoncions il y a deux mois : inertie et effacement d’un Parlement dont le rôle n’est plus que celui d’une chambre d’enregistrement des décisions prises par l’exécutif.

Exécutif qui fonde ses décisions sur les arguments d’autorité d’ « experts » qui se profilent davantage comme des prescripteurs de comportements plutôt que comme des scientifiques. Pareille « technostructure » qui exerce aujourd’hui la gouvernance – en activant continûment peur et culpabilité – relève bien plus d’un management top-down et autoritaire plutôt que d’un système parlementaire et démocratique qui à la base est le nôtre.

Lors de la première vague, l’urgence pouvait être invoquée pour justifier la mise en place d’un tel mode de fonctionnement. Un an plus tard, un tel argument ne tient plus la route. Et donc, qu’est devenu le Parlement et la représentation citoyenne ? Et qu’en est-il aujourd’hui de la séparation des pouvoirs ? Ce mode opératoire nous est d’ailleurs renvoyé et confirmé quotidiennement à travers la presse : celle-ci nous parle des experts, du gouvernement, jamais du Parlement. Il faut par ailleurs souligner qu’un tel dispositif induit une conception biologisante de la gestion de la crise, qui fait l’impasse sur une vision plus globale et pluridisciplinaire de celle-ci (d’où notamment l’impasse catastrophique qui est faite sur la santé mentale des citoyens et des jeunes en particulier).

Car, les impacts concrets de ce mode de fonctionnement sont majeurs et multiples. Qu’en est-il de la vie privée dès lors que le nombre de personnes que l’on peut accueillir chez soi est défini par la gouvernance ? De la vie dans l’espace public à partir du moment où celle-ci est hyper-normée ? De notre enseignement devenu « hybride » ? Du télétravail et de ses effets ? Des secteurs asphyxiés tels que l’Horeca et la Culture ? Toutes ces mesures transforment en profondeur notre mode de vie et ne sont pas sans conséquences, comme nous le disions, sur la santé psychologique et mentale des citoyens et en particulier des jeunes.

Notons au passage que l’évanescence institutionnelle actuelle semble avoir contaminé le Conseil d’Etat lui-même, qui s’est déclaré incompétent dans son arrêt 249.400 du 31 décembre concernant les arrêtés ministériels « corona », renvoyant la balle aux cours et tribunaux judiciaires. Rappelons aussi que ces arrêtés ne sont d’ailleurs jamais passés préalablement pour avis, avant leur entrée en vigueur, par la section législative du Conseil d’Etat, comme cela est d’habitude le cas.

On en est à un point tel que la constitutionnaliste Anne-Emmanuelle Bourgaux en vient à pointer du doigt l’arrêté du 12 janvier reconduisant jusqu’au 1e mars les mesures prises par l’arrêté du 28 octobre (bulle sociale , restrictions des rassemblements, couvre-feu, télétravail obligatoire,…), dès lors que ce prolongement, jamais présenté en conférence de presse, semble de manière stupéfiante être tombé du ciel…

Cette absence de contrôle démocratique par les institutions dont c’est la mission est donc plus que jamais hautement préoccupante.

Elle l’est d’autant plus que cette gestion de la crise recèle un « angle mort » : il s’agit ni plus ni moins de notre jeunesse…

La parole des jeunes n’est jamais prise en compte dans les paramètres de décisions de nos gouvernants ! Les jeunes ? Il n’en est question que lorsqu’il s’agit de les pointer du doigt soit comme fauteurs de troubles soit comme boucs émissaires.

C’est évidemment gravissime, et il est plus que temps que cela change pour que le caractère démocratique de notre système reprenne enfin ses droits et que les citoyens redeviennent parties prenantes de celui-ci.

En conséquence, nous rééditons notre appel à un ressaisissement, afin que le Parlement exerce enfin le rôle qui lui a toujours été conféré et que notre état de droit retrouve son assise.

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