Il suffit d’une crise pour que le droit à l’avortement soit remis en question

“N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.” Simone de Beauvoir

La pandémie du Covid-19 confirme une fois de plus cette phrase de Simone de Beauvoir. En effet, les droits sexuels et reproductifs des femmes sont remis en question : du droit à l’avortement à un accouchement respectueux. 

Le droit à l’avortement

La pandémie actuelle impacte directement les soins de santé et donc aussi les avortements. Il y a moins de personnel, certain·e·s, malades restent à la maison. Il y a aussi moins de structures qui pratiquent les IVG – Interruptions Volontaires de Grossesses – puisque la majorité des hôpitaux ont fermé leurs cliniques de jour. Les Grenades et RTBF

Toutefois, contrairement à des pays comme la France, la majorité des IVG sont pratiquées dans les plannings familiaux. Ceux-ci continuent de répondre aux demandes urgentes dont les interruptions volontaires de grossesse.

Pour minimiser les contacts et diminuer les risques de contagions, des changements de protocoles pour la pratique des IVG ont été mis en place. 

« En général, nous pratiquons la méthode médicamenteuse [pilule abortive] jusqu’à 7 semaines dans les centres. La femme reçoit un médicament et peut le prendre à la maison. Nous avons reçu, notamment de l’hôpital d’Erasme, un nouveau protocole qui privilégierait cette méthode jusqu’à 10 semaines de grossesse, du fait de la crise actuelle. Chaque centre de planning va choisir son approche. Il faut savoir que plus on est avancée dans la grossesse, plus cette méthode est difficile psychologiquement pour les femmes. Certaines femmes, peu importe où elles en sont dans leur grossesse, vont de toute façon préférer la méthode par aspiration »

Caroline Watillon, chargée de mission à la FLCPF. Propos recueillis par Camille Wernaers dans Les Grenades

Depuis le confinement, certains plannings remarquent que les femmes arrivent parfois avec des grossesses plus avancées et plus proches du délais légal de 12 semaines pour une IVG. Pourquoi ? Parce qu’il est plus difficile pour elles de contacter et de se rendre vers les structures pratiquant des IVG. De plus, un personne présentant des symptômes du Covid-19 risque aussi que sont IVG soit reportée avec le danger de se retrouver hors délais. Les Grenades et RTBF

>> Informations et prise de rendez-vous pour un avortement

En France, pour ces différentes raisons un amendement visant à allonger le délai légal de l’IVG a été présenté au Sénat. Il a malheureusement été rejeté. L’Express

Aux États-Unis, le droit à l’avortement est presque inexistant dans plusieurs États. 

En Alabama par exemple depuis le 15 mai 2019, l’avortement est interdit même en cas de viol. Une exception existe, si la vie de la mère est en danger. 

Dans le Kentucky et le Mississippi les avortements sont interdits dès que les battements du cœur du fœtus sont détectables, soit environ à la sixième semaine de grossesse. Le Monde 

Le lobby anti-avortement, extrêmement puissant au États-Unis a donc vu dans le crise du Covid-19 une opportunité pour encore restreindre le droit des femmes. Les gouverneurs du Texas et de l’Ohio ont ainsi classifié les interruptions volontaires de grossesse parmi les interventions médicales non essentielles qui doivent être reportées. Seules les grossesse où la vie de la mère est en danger pourront ainsi être interrompues. Slate

Le Respect des Parturientes

Ces dernières années, plusieurs voix, ont dénoncé les violences obstétricales subies par les femmes lors de leur accouchement : épisiotomies non nécessaires, points du mari, césariennes à vif, etc. Marie accouche là, Emma

Bien que la communauté des gynécologues est encore frileuses, des changements s’opèrent. Plus de femmes rédigent leur plan de naissance – bien que pas toujours respectés -, les taux d’épisiotomie diminuent, la norme de l’accouchement en position allongée est petit à petit remise en question, etc. 

Toutefois, la période de crise que nous vivons actuellement risque de voir ces avancées régresser. Marie-Hélène Lahaye, experte sur le sujet l’explique sur Les Grenades :

“Certaines femmes se sont vu subitement proposer une césarienne par leur gynécologue alors que leur grossesse ne présentait aucun risque, ce dernier arguant d’une plus grande sécurité pour leur accouchement, ce qui est douteux sur le plan scientifique et médical. […]

Il est très probable que des accouchements soit accélérés, notamment par l’usage de ventouse, de forceps ou d’une césarienne d’urgence, pour pallier les difficultés d’un personnel médical mis sous tension supplémentaire à cause du virus.”

Finalement, beaucoup d’hôpitaux refuse que la parturiente soit accompagnée par son ou sa conjoint·e. Cette mesure est disproportionné et va à l’encontre des principes de bientraitance dans les maternités. Les Grenades et Organisation Mondiale de la Santé

Il est donc crucial que les hôpitaux et les cliniques respectent ces directives de l’OMS en acceptant un·e accompagnant·e lors de l’accouchement, et en refusant tout acte de violence obstétricale. 

Article de Pauline Grégoire pour Infor Jeunes Laeken et la Campagne sur les Pavés l’Égalité

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