Edito – Journal de Classe N°8 : l’insertion professionnelle doit-elle être la finalité de l’école ?

alternanceL’enseignement en alternance : certains en font l’éloge, d’autres y sont nettement plus réticents.. Dès lors, rappelons d’abord en quoi consiste l’alternance.

Les filières en alternance constituent un enseignement de type professionnel ou technique, combinant une ou deux journées de cours et une formation professionnalisante sur le terrain avec un patron formateur durant trois voire quatre jours par semaine. C’est ainsi que sont organisés en secondaire les CEFA, et aussi l’apprentissage des Classes Moyennes.  Ajoutons aussi, qu’au-delà du secondaire, il existe quelques masters en hautes écoles organisés également selon la conception de l’alternance (dans les domaines industriel et économique).

Les tenants de ces filières y voient l’opportunité pour l’apprenant d’acquérir les compétences d’un métier en situation réelle, et donc l’avantage pour celui-ci d’être dès l’école familiarisé avec le monde du travail. Une manière de maximiser ses chances pour s’insérer ensuite sur le marché de l’emploi, diront-ils.

Ce pragmatisme s’appuie sur un certain bon sens. Néanmoins le rôle de l’école est-il prioritairement de professionnaliser ? C’est la question que posent les « réticents » à ce type d’enseignement.

Et, s’il est vrai que l’insertion socioprofessionnelle est un enjeu majeur et crucial pour tous les jeunes d’aujourd’hui et de demain, la formation générale de ceux-ci demeure incontournable, et ce pour trois raisons essentielles :

1) La formation générale des élèves leur confère les outils conceptuels avec lesquels ils peuvent comprendre le monde dans lequel ils vivent, en vue de le transformer et d’y exercer leur rôle de citoyen critique.

2) Tous les indicateurs mettent en évidence le fait que les élèves qui réussissent le mieux une formation qualifiante et qui s’insèrent avec le plus de facilité ensuite dans le monde du travail, sont ceux qui ont aussi bénéficié d’une bonne formation générale (comme c’est le cas, par exemple, de ceux qui ont terminé avec fruit une 4e générale et ont ensuite fait le choix d’une option qualifiante par la suite).

3) Les outils théoriques produits par la formation générale ont  aussi la capacité et l’avantage de permettre au praticien de faire évoluer sa pratique.

Mais, les vertus de la formation générale ne règle pas à elles seules le caractère particulièrement inéquitable de notre enseignement ! Et, dans une perspective d’égalité et d’émancipation, il n’est pas acceptable que l’on persévère à l’intérieur du système dual qui est le nôtre : d’un côté les « bons éléments » dédiés aux seuls cours généraux puis aux études universitaires, de l’autre ceux qui se voient relégués vers les filières « pratiques » car jugés insuffisamment performants pour l’enseignement général !

D’où la nécessité d’un vrai tronc commun jusqu’à seize ans, qui allierait cours généraux et formation polytechnique POUR TOUS. Dans une telle optique, la formation polytechnique ne consiste pas à se déterminer pour un métier mais à acquérir des savoirs et des savoir-faire pratiques qui permettront à  l’élève, le cas échéant, de faire un choix positif par la suite concernant une éventuelle filière qualifiante et un métier.

Filière qualifiante qui pourrait alors trouver tout son sens et toute son efficacité dans un dispositif en alternance.

Eric Bruggeman 

Infor Jeunes Laeken

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