Exposé 2 : Prévenir la discrimination passe par la régulation du marché scolaire

Intervenant : Jean-Pierre Kerkhofs, Président de l’APED

kerkhofsL’APED (Appel Pour une Ecole Démocratique) est un mouvement socio-pédagogique, composé d’enseignants progressistes qui luttent, entre autres, contre les inégalités et les discriminations de notre système d’enseignement. La piste de solution privilégiée par l’APED pour combattre les discriminations à l’Ecole, est une régulation renforcée du quasi-marché que constitue notre système scolaire.

Car, si la Belgique est championne en matière de discrimination, c’est qu’elle possède une caractéristique spécifique : précisément, sa situation de marché scolaire exacerbé.

Or, comme l’ont mis en évidence les enquêtes PISA (OCDE), les pays où le système d’enseignement s’apparente le plus à une situation de marché, sont les pays où les inégalités sont les plus fortes !

Le pays où l’inégalité est la moins présente à l’école est la Finlande. Si l’on compare les chiffres finlandais avec ceux de la Belgique, il faut noter que seuls les meilleurs de nos élèves obtiennent des scores proches des élèves favorisés finlandais. On pourrait objecter qu’il n’y a pas autant d’immigration en Finlande que chez nous. Cependant, lorsque l’on retire les immigrés des statistiques dans les deux pays, les résultats en Communauté française restent interpellants (voir ppt).

Le constat général est que la discrimination s’exerce avant tout vis-à-vis des élèves de niveau socio-économique défavorisé, et force est de constater que la société belge ne donne pas les mêmes chances à tous les élèves en termes d’éducation.

En effet, il existe une liberté d’offre qui se traduit par une concurrence entre les différentes écoles. Les parents ont un libre choix en ce qui concerne l’école sans que l’Etat ne leur en impose un, et surtout, les subsides des écoles sont accordés en fonction du nombre d’élèves inscrits.

D’une manière générale, le choix d’une école se base, dans les différents pays analysés, sur des éléments divers tels la proximité, la réputation ou encore la religion. Dans de nombreux pays, le système ne permet pas aux parents d’effectuer un choix : c’est le cas dans les pays où l’enseignement obligatoire n’est pas organisé selon une logique de marché scolaire. En outre, il faut savoir que cette notion de « libre choix » de l’école par les parents, n’a jamais existé que dans trois pays d’Europe : la Belgique, les Pays-Bas, et l’Irlande. Tous les autres ont mis en place un dispositif qui régule, peu ou prou, les inscriptions.

Normalement, une école ne peut pas sélectionner ses élèves. Dans les faits, tout le monde sait que c’est loin d’être le cas, et que de nombreuses directions sélectionnent à l’inscription, notamment, sur base des résultats scolaires antérieurs, de la recommandation faite par une autre école, de la religion des parents, de la demande d’option particulière, etc.

Face au marché scolaire, tous les parents ne disposent pas des mêmes armes.

Les parents issus de milieux plus favorisés sont mieux outillés pour y faire face. Les élèves sont rassemblés en ghettos de riches ou de pauvres, alors que ce rassemblement augmente la difficulté d’apprentissage chez les plus démunis. Dès lors que l’on se trouve sur un quasi-marché, il faut le réguler.

En Belgique, il n’existait aucune forme de régulation avant les décrets inscriptions. Or, plus on régule, plus la mixité sociale devient une réalité et plus la logique de marché régresse ! Dans ce conteste, les élèves issus de milieux favorisés ne sont donc plus privilégiés par rapport aux élèves de milieux plus défavorisés.

La Belgique possède une autre caractéristique qui lui est propre : l’existence de plusieurs réseaux d’enseignement (officiel, officiel subventionné et « libre »). Cette situation est, en soi, source de discrimination.  En conséquence, l’APED plaide, dès lors, pour une fusion des réseaux en un réseau unique.

Hormis l’objectif du réseau unique, l’APED préconise également la mise en place d’un tronc commun polytechnique (jusque 16 ans). Cette mesure permettrait d’instaurer – pour tous les élèves – une formation à la fois générale et pratique (mais non professionnalisante), qui mettrait fin au mécanisme de relégation et de sélection drastique qui s’exerce actuellement à l’issue du 1e degré, ce qui permettrait aussi de réduire par ce biais-là les inégalités de manière plus conséquente.

Dès lors, la régulation additionnée à la mesure du tronc commun permettrait de diminuer considérablement la discrimination à l’école.

Actuellement, le Décret inscriptions régule les inscriptions en première année secondaire.  Toutefois, pour l’APED, ce décret ne va pas assez loin, il ne casse pas la logique de marché. Les acteurs sont mis sur le même pied au départ mais cela ne suffit pas ! De plus, son champ d’application est restreint, en raison du fait qu’il ne s’applique qu’a la 1ère année du secondaire, alors qu’il faudrait mettre en œuvre la régulation dés l’enseignement fondamental.

L’APED suggère, par conséquent, d’appliquer ce décret à tous les niveaux d’enseignement. Les pouvoirs publics pourraient proposer des écoles à chaque enfant en âge d’obligation scolaire sur une base géographique et sur la volonté de créer de la mixité sociale. Dans la réalité actuellement il existe deux types d’école : les écoles de bonne réputation et les écoles dites « poubelles ». En créant de la mixité sociale, cette dualité serait enrayée. La situation actuelle rassure les parents aisés, mais ne satisfait pas les publics précarisés, ni même de nombreux parents de la classe moyenne.

Le contexte qui prévaut aujourd’hui pousse certains directeurs à agir d’une façon telle qu’ils opèrent une sélection au moment des inscriptions, afin de maintenir la réputation de leur école.

On constate donc que le décret inscriptions est un premier pas vers la régulation, mais qu’il faut aller beaucoup plus loin.

Power Point de l’exposé 

Web : http://skolo.org/   

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