L’évaluation externe peut-elle rimer avec excellence ?

excellenceC’est en tout cas ce que laissait entendre la Ministre de l’Education, lorsqu’elle fut questionnée sur le sujet.. Une déclaration qui laisse perplexe. Explication.

Au cours de ces derniers mois, la volonté d’étendre les évaluations et les épreuves certificatives externes s’est affirmée : il y eut d’abord le CEB (diplôme d’école primaire), ensuite le CE1D (certificat d’enseignement secondaire du 1e degré), il est à présent question de mettre en oeuvre des épreuves et des évaluation certificatives externes à la fin de la 4e secondaire (CE2D) et à la fin du 3e degré secondaire (CESS ou Bac ?).

Le processus est donc en cours et tend à s’implanter aux niveaux clés de l’enseignement obligatoire. Mais qu’est-ce qu’une évaluation externe ? Et une évaluation certificative ?

De quelles évaluations parle-t-on ?

Les évaluations externes désignent des évaluations conçues et gérées par une instance externe à l’école. En l’espèce, il s’agit de la commission de pilotage du Ministère de l’éducation qui contrôle les évaluations externes en matière d’enseignement obligatoire. Donc plus les écoles elles-mêmes.

Elle consiste à mesurer le niveau de connaissances en attribuant des points. C’est sur ce type d’évaluation que les passages et les redoublements sont décidés. D’un point de vue pédagogique, l’évaluation certificative se distingue de l’évaluation formative, qui, elle, consiste à évaluer le potentiel de l’élève en repérant ses forces et ses lacunes afin d’y apporter des solutions de remédiation.

Même si des évaluations externes formatives existent aussi, il est clair que la culture du résultat qui domine notre système d’enseignement a toujours privilégié l’évaluation certificative. Au point que de nombreux acteurs de l’enseignement, y compris au sein du Ministère, parlent couramment des évaluations formatives comme étant des évaluations « pour du beurre ».. Ce qui traduit bien le point de vue normatif qui est porté sur les types d’évaluation eux-mêmes.

Lutter contre l’échec scolaire ou imposer un nouveau mode de gouvernance ?

Quel est l’enjeu de cette généralisation des évaluations certificatives externes ? Au dire de la Ministre, il s’agit d’aller vers l’excellence. En d’autres termes, nous sommes donc invités à comprendre qu’il s’agirait là d’une mesure qui participerait de la lutte contre l’échec scolaire. Pourtant, rien n’est moins sûr.

En effet, l’externalisation des évaluations à caractère certificatif impacte de manière certaine le sens des apprentissages et le contexte pédagogique, car :

– Elle dépossède l’enseignant et l’école de sa fonction d’évaluation, et la déplace de façon centralisée entre les mains des « experts » du pilotage du système au sein du Ministère.

– Ce faisant, elle présente le risque de renforcer la concurrence des établissements entre eux dans la course à l’ « excellence », et l’on sait que la concurrence entre établissements est déjà l’un des moteurs du quasi-marché et de ses dérives en termes de dualisation et de ségrégation des publics.

– Cette mise en concurrence atteindrait son point ultime au cas où le processus évoluerait vers la publication de palmarès et de rankings (car même si cette pratique est plus le fait des pays anglo-saxons que des pays latins, personne ne peut garantir à ce stade que nous soyons à l’abris d’une telle évolution).

– L’accent mis sur la réussite des épreuves externes dans un contexte de contrôle et de concurrence des établissements, génère comme effet pervers le fait que les écoles et les enseignants se centrent sur l’atteinte des scores (bachotage) au détriment du processus d’apprentissage.

En outre, l’extension des épreuves certificatives externes participe elle-même  de la culture du résultat liée à l’idéologie du néo-management, dont l’objectif premier est de reconfigurer le mode de gouvernance du système selon un idéal de transparence et de quantification. Dans un tel contexte, n’est-il pas inadéquat de parler de pédagogie de l’excellence ?

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken

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