Les jeunes sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres

VARXXQ999_carte.jpgLes inégalités sociales pèsent d’un poids très lourd sur les parcours scolaires des jeunes.

Cette réalité, objectivée depuis plusieurs années tant par les indicateurs de l’enseignement en FWB que par les enquêtes OCDE (PISA), est vérifiée  concrètement chaque jour par les permanents d’Infor Jeunes Laeken. Et ce, à trois moments-clés du processus scolaire..

Ces trois moments sont les suivants : l’inscription, l’orientation, l’exclusion.

  • L’inscription 

Depuis de nombreuses années déjà, nous accueillons au quotidien, des jeunes et des familles meurtris dans leur rapport à l’école au moment des inscriptions. Ces personnes nous racontent, notamment, combien il peut être périlleux de faire valoir son choix d’une école.

C’est le cas, par exemple, d’un jeune garçon en demande d’inscription en 4ème année qui s’entend répondre qu’il n’y a plus de place dans l’école, mais qui apprend quelques jours plus tard qu’un voisin a été inscrit, après que lui-même se soit fait éconduire. Il ignorait que l’école avait obligation de lui remettre une attestation de demande d’inscription, mentionnant le motif du refus, – ce que l’école s’était bien gardée de faire. Une fois mis au courant de cette obligation que n’a pas respectée l’école, le jeune se met en colère : l’école l’a berné, l’école lui a menti.

C’est le cas aussi de cette maman qui a fait des pieds et des mains pour inscrire son enfant dans une école dite réputée. Qui y est parvenue. Mais consternée, elle constate que pour se faire accepter, son enfant s’invente des vacances en Grèce, pays qu’il n’a jamais visité..

Ce ne sont là que deux exemples parmi la multiplicité de cas nous avons rencontrés. Tous ont un premier point commun : le fait qu’après avoir encaissé des refus d’inscription, ces jeunes et ces parents font état de leur désarroi et du rejet dont ils ont été l’objet. Tous ont également un autre point commun : le fait que ces jeunes et ses parents ne possédaient ni les codes culturels et sociaux adéquats, ni les « bons » réseaux qui vont souvent de pair avec un parcours scolaire sans grande bifurcation et sans grand heurt.

  • L’orientation (suite aux décisions du conseil de classe)

A la fin du 1e degré de l’enseignement secondaire, c’est à ce moment-là que les choix de filières et d’options s’opèrent.  Certains jeunes sont jugés aptes à poursuivre dans le Général, d’autres sont contraints de choisir une option dans les Techniques et/ou le Professionnel. A peu près deux élèves sur trois qui vont vers les Techniques ou le Professionnel ne l’ont pas en fait choisi, mais y ont été forcés par une attestation d’orientation restrictive délivrée par le conseil de classe en fin d’année.

C’est le cas de Nadia, qui a dû aller en Professionnel à l’issue du 1e degré, sans autre alternative possible. A 15 ans il n’est pas évident de se choisir un métier, et comme elle était obligée de « faire comme si », elle a opté pour la coiffure. Mais pas de bol, Nadia découvre qu’elle est allergique aux produits professionnels utilisés. Elle doit donc arrêter et trouver une autre option ainsi qu’une autre école en cours d’année. Nadia se cherche donc un autre établissement, et cela fait trois semaines qu’elle a « décroché »..

Il n’y a dès lors pas lieu de s’étonner que ces filières soient des filières de relégation. Et tenter de justifier l’orientation vers ces filières en déclarant qu’il s’agit de dispositifs conçus pour celles et ceux qui sont dotés d’une « intelligence de la main », est aussi hypocrite que stupide.

En effet, il est démontré et confirmé que les jeunes issus des classes moyennes ont tendance à avoir des parcours scolaires plutôt linéaires (d’ordinaire dans le Général voire le Technique de transition), tandis que les jeunes issus des milieux populaires et précarisés saturent les filières qualifiantes (Technique de qualification, Professionnel, CEFA).

  • L’exclusion

Enfin, le renvoi définitif de l’école. Certes, certaines exclusions sont justifiées. Mais n’oublions pas que le renvoi définitif est la sanction la plus grave qu’une école puisse prendre vis-à-vis d’un élève. Encore faut-il que les faits reprochés soient proportionnés à ladite sanction !

Prenons le cas du petit David. Ses parents sont décontenancés. Ils viennent de recevoir un recommandé de l’école qui leur dit que leur fils fait l’objet d’une procédure de renvoi définitif. Motifs ? « A fait sonner son smartphone en classe ». Ajoutez à cela « bavardages répétés » et « comportement général perturbant », et vous aurez la formule fumeuse et vague utilisée par l’école pour tenter de rejeter définitivement un élève dont le « profil » social s’écarte par trop de celui du public homogène de l’établissement..

Bilan : oui les jeunes sont égaux, mais certains le sont manifestement plus que d’autres !

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken

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