L’alternance peut-elle rimer avec excellence ?

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L’alternance comme filière d’excellence.. Pure illusion ou réelle possibilité ? Et à quelles conditions ce noble dessein pourrait-il prendre corps ? 

La déclaration de politique gouvernementale de juillet 2014 de la Fédération Wallonie-Bruxelles prévoit en effet en page 21 que : « Le Gouvernement sera attentif à transformer progressivement l’actuel 3e degré professionnel en un enseignement en alternance (..) en débutant par les métiers où cela s’avère la formule la plus efficace avec une attention particulière à l’accompagnement du jeune stagiaire en entreprise. La formation en alternance doit être reconnue comme une filière d’excellence ».

Au delà des incantations et des voeux pieux, qu’en est-il ? Pour répondre, il nous faut d’abord rappeler en quoi consiste l’alternance.

En Belgique francophone, l’alternance est déjà présente à l’heure actuelle dans deux dispositifs, les CEFA et l’apprentissage des Classes Moyennes.

– L’apprentissage des Classes Moyennes n’est pas sous l’autorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais du Ministère des Classes Moyennes.  Néanmoins, il permet de satisfaire à l’obligation scolaire, sous certaines conditions, à partir de l’âge de 15 ans et il garantit le bénéfice des allocations familiales. L’apprentissage Classes Moyennes comporte 1 jour et demi de cours/semaine et 4 jours de formation en immersion avec un patron-formateur. Mais attention, ce type de formation ne débouche sur aucun diplôme scolaire (ni CQ, ni C2D, ni CESS) ; il délivre un certificat d’apprentissage et permet, le cas échéant, de poursuivre une formation de chef d’entreprise au sein du même dispositif. La formation des Classes Moyennes vise à former soit de futurs indépendants, soit de futurs travailleurs de PME.

– Les CEFA relèvent de l’enseignement de la Communauté française, enseignement en alternance. Le jeunes suit deux jours de cours dans son établissement scolaire, et trois jours de formation par le travail avec un patron formateur. Dans l’enseignement ordinaire, les CEFA sont de deux catégories : soit Article 45, soit Article 49 :

– Les CEFA Article 45 forme à des profils de métiers spécifiques (coffreur, commis de salle, auxiliaire de magasin, etc.) de l’enseignement secondaire professionnel. Mais attention, cette filière peut délivrer une attestation de compétences mais aucun diplôme ou certificat scolaire : ni C2D, ni CQ, ni CESS !

– Les CEFA Article 49 relèvent de l’enseignement professionnel ou technique. Ils préparent à des options correspondantes au plein exercice ; ils peuvent, eux, délivrer des diplômes scolaires : C2D, CQ et CESS..

Dans la réforme récente du 1e degré du secondaire (Voir ici), il est prévu que le conseil de classe puisse orienter le jeune vers les CEFA Article 45 dès la fin du 1e degré en cas de non obtention du CE1D. Ce qui signifie clairement l’orientation précoce vers une filière professionnalisante, qui plus est ne débouchant sur aucun diplôme ni niveau d’études.. Or quand on sait que l’insertion socioprofessionnelle durable est fonction certes de la compétence mais aussi énormément du fait de détenir ou non un diplôme reconnu, on peut à tout le moins s’étonner d’une telle décision. De quoi vraiment mener le jeune à l’excellence ! Personne n’oserait en douter..

Aussi, comme nous le notions à propos du qualifiant dans son ensemble (Voir ici) : l’articulation études/insertion socioprofessionnelle devrait, pour rompre avec la logique de relégation et de dualisation qui prévaut jusqu’à aujourd’hui, envisager un véritable tronc commun polytechnique dans l’enseignement jusqu’à l’âge de 16 ans (cours généraux mais aussi formation aux compétences et aux savoir-faire techniques non professionnalisants POUR TOUS), de sorte qu’un choix vraiment positif puisse s’effectuer par la suite vers des filières et des options spécialisées, contribuant ainsi à une revalorisation digne de ce nom de l’enseignement qualifiant. Il serait concevable que – dans ce contexte et cette logique-là – la formation en alternance ait sa place et devienne une filière porteuse de sens et d’estime de soi pour les jeunes qui s’y engagent.

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken

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