Introduction de Chantal Massaer, Directrice d’Infor Jeunes Laeken

Justice Pour TousC’est sous la houlette de Marie-Dounia, égérie de la mixité sociale et culturelle, revendiquée par le collectif Marguerite, que s’effectue le lancement de ce colloque.

Pour rappel, le collectif Marguerite rassemble une série d’associations, qui militent dans le but de créer une école de la réussite, non fondée sur la sélectivité. Le caractère visuel et interactif de ses actions publiques permet de toucher tous les milieux sociaux, y compris et avant tout, les milieux dotés d’un capital culturel différent de celui dont disposent les acteurs sociaux dominants.

Mais revenons à la journée d’aujourd’hui. Celle-ci se veut un moment privilégié en vue de réfléchir sur la question de la discrimination sociale à l’école. Notre colloque se veut engagé – un colloque-action -, devant servir de base pour initier des actions politiques, juridiques et de terrain, en vue de combattre la discrimination en œuvre dans notre enseignement.

Différentes pistes seront explorées afin d’ouvrir le questionnement en la matière, et amorcer des réponses. Les irrégularités commises à l’école n’ont jusqu’ici jamais été abordées sous l’angle de la discrimination. Hors, le système scolaire est parfois fort violent ; les valeurs essentielles de la démocratie, telles l’égalité et la séparation des pouvoirs, sont souvent bradées.

Dans un tel contexte, la responsabilité de l’Etat doit être, en premier lieu, soulignée. En effet, si les écoles et les directions d’établissements ont, bien entendu, une lourde responsabilité en ce qui concerne la discrimination scolaire, l’Etat, pour sa part, ne les sanctionne pas. Certaines écoles pratiquent l’arbitraire, ce qui peut se révéler un danger pour la démocratie !

Comment, en effet, espérer des jeunes qu’ils deviennent de bons citoyens si l’école ne leur transmet pas les valeurs essentielles du système démocratique ?

Mais, la question doit également être abordée sous un angle plus systémique, car actuellement le système scolaire constitue un quasi-marché. Certains acteurs de ce marché choisissent parfois de discriminer, mais le système en lui-même les pousse aussi à adopter ce comportement, parfois à leur corps défendant.

Face à ces constats, la lutte contre la discrimination doit s’engager déjà en amont : pour parer aux effets délétères du marché scolaire (qui s’attestent notamment à travers l’échec scolaire, le redoublement, la relégation), il convient de le réguler davantage.

Le Décret Inscription, longtemps décrié, est certes perfectible, mais au-delà de cette constatation, il a au moins le mérite de constituer un outil de régulation qui contribue à réduire les mécanismes de discrimination.

La Ministre de l’enseignement obligatoire (M-D Simonet) opte cependant pour une vision restrictive de la notion de discrimination, ainsi que de l’instant où celle-ci commence à s’appliquer. Elle estime qu’« il ny a discrimination que quand on peutmontrer quil y a refus dinscription ». Or, la discrimination peut être commise lors de l’information dispensée par les écoles, avant ou au moment de l’inscription (par exemples, lorsque l’école demande les bulletins des années antérieures de l’enfant, ou encore lorsqu’elle exige une lettre de motivation rédigée par les parents, pour ne citer que ces cas de figure-là).

Par ailleurs, se posera également la question de la couverture médiatique accordée aux différents décrets ayant pour but de régir les inscriptions en première année secondaire. Dans certains cas, les médias détournent les réels problèmes que posent les inscriptions, et en général, la parole n’est jamais donnée aux personnes et aux familles les plus fragilisées, qui subissent les effets négatifs du marché scolaire.

Le système scolaire belge est l’un des plus inégalitaires de tous les pays de l’OCDE, ainsi que l’ont confirmé à chaque fois les enquêtes PISA. L’éducation est en situation de dysfonctionnement et de discrimination. Alors que les chiffres sont parlants,  peu de plaintes sont déposées pour discrimination sur base du critère de l’origine sociale. L’absence de plainte ne peut signifier que la discrimination en milieu scolaire n’existe pas. En effet, l’expérience de terrain est probante, et elle est corroborée par les statistiques du monde associatif.

Les exposés qui vont suivre prennent tous ancrage dans cette réalité des discriminations à l’œuvre sur le terrain. Certains de ces exposés porteront un regard de type sociopolitique, sociologique, voire philosophique sur la réalité de la discrimination, tandis que d’autres préciseront les contours juridiques de la problématique, conformément à l’approche pluridisciplinaire que nous avons voulu privilégier pour ce colloque.

Enfin, quatre ateliers rendront plus pratique la  problématique des discriminations sociales à l’école, et ce en vue de permettre à tout un chacun de s’approprier des outils pour passer à l’action. Ces ateliers seront animés par des professionnels des secteurs pédagogique, social et juridique.

Web : www.inforjeunes.eu 

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