Edito : « L’école, c’est pas le CPAS.. »

Cette remarque, passablement odieuse, est proférée par un directeur d’établissement dans une des vidéos de ce nouveau numéro de Journal de Classe. Alice Romainville, chercheuse à l’ULB et rédactrice à inegalites.be, lui répond : « Si l’école ne corrige pas les inégalités, qui le fera ? « .

Car, ne l’oublions pas, l’école est financée avec l’impôt de tous les citoyens, quel que soient le milieu social ou  le groupe d’appartenance des individus. De plus, l’école est le seul lieu où les différents publics, où les différentes catégories sociales aussi, peuvent se rencontrer et apprendre ensemble.

Du délégué général aux droits de l’enfant à la plateforme de lutte contre l’échec scolaire, en passant par les gilets jaunes, tous s’accordent à dire que la gratuité réelle est une urgence.

Car, si l’école n’est pas le CPAS, elle est néanmoins le dispositif par lequel la société se (re)produit. Dans ses inégalités – si on la laisse en l’état – ou dans la progression vers plus d’égalité – si on a la volonté politique de prendre cet enjeu à bras-le-corps.

Dans un tel contexte, la gratuité, si elle n’est qu’un élément parmi d’autres du dispositif de l’école inclusive, n’en reste pas moins un élément essentiel. Proclamée depuis belles lurettes tant dans les textes légaux de la FWB, dans la Constitution, ainsi que dans nombre de conventions internationales traitant de l’éducation, la gratuité demeure chez nous, pour l’heure, un mythe.

Mais cette légende de la gratuité scolaire est heureusement contrecarrée, en partie et dans les faits, par des mécanismes correcteurs mis en place dans certains de nos établissements : caisse de solidarité dans des écoles, projets collectifs d’établissement permettant de financer des repas chauds gratuits ou d’autres nécessités. A ce sujet, la Ligue des Familles a compilé un ensemble de « bonnes pratiques » que l’on peut lire également dans ce numéro de Journal de Classe.

Toutefois, il arrive malgré tout que certaines écoles dérapent. C’est le cas notamment de cette école fondamentale en région bruxelloise, fréquentée par un public de primo-arrivants, qui en vient à menacer les parents « mauvais payeurs ». De telles pratiques sont non seulement stigmatisantes, mais elles vont aussi à l’encontre des droits fondamentaux des enfants et des familles..

Ou encore, des écoles qui refusent en fin d’année de remettre le bulletin au motif que les frais scolaires n’ont pas été payés.. une pratique tout à fait illégale : on ne peut en aucun cas mélanger le pédagogique et le financier !

Pour conclure sur une note positive, rappelons quand même que du pacte d’excellence a émergé la décision d’une gratuité réelle et totale dans le maternel, dès la rentrée 2019.

On attend du politique qu’il aille encore beaucoup plus loin dans ce (bon) sens-là.

 

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken

 

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