Edito : L’école au top, c’est classe !

enfants-ecole-389x261C’est officiel : la Ministre de l’enseignement Joëlle Milquet a lancé le 26 janvier son «  Pacte pour l’Excellence ». La Ministre nous dit vouloir  initier une réflexion ainsi qu’une refondation de notre système scolaire. Sur un mode qu’elle veut participatif et sur un rythme plus que soutenu, elle entend dessiner un nouveau cadre éducationnel pour les dix années à venir.

Le chantier semble d’ampleur et devrait, selon les  souhaits  de la Ministre, mobiliser l’ensemble du monde éducatif. Comme signataire de l’appel à une refondation de l’enseignement, nous devrions être comblés. Et pourtant, ce pacte nous laisse perplexe.

D’abord, était-il indispensable d’appeler celui-ci : « Pacte pour un enseignement de l’excellence ».  Nous vous invitons à ce sujet à visionner notre capsule vidéo, car  si ce vocable plaît à la Ministre, il laisse les jeunes de marbre, pour ne pas dire qu’il  leur semble  vieillot, voire tout droit sorti du 19ème siècle.  Plus grave sans doute, et bien que la Ministre s’en défende, le Pacte pour l’excellence résonne comme un appel à l’élitisme.

Ce travers ne saurait être considéré comme bénin, alors même  que notre système scolaire est lourdement marqué par les inégalités. Soyons de bon compte : la Ministre fait largement écho à ce constat dans sa note, toutefois, et ceci vient corroborer cela, elle ne fait pas de  la lutte contre les inégalités sa priorité. Tout juste concède-t-elle que notre système doit devenir plus équitable, plus efficace et plus moderne !

Et pour se faire une solution s’impose la pédagogie !

En sa page 29, le pacte précise «  Ce sont donc les personnes et non les institutions et les systèmes qui seront au centre du Pacte, les institutions et les systèmes, doivent en effet être au service des personnes. C’est également la pédagogie – et non les structures – qui seront au centre du processus. »

Sans couper les cheveux en quatre, prenons le temps de décortiquer ces assertions.

Peut-on considérer aujourd’hui  que les institutions et les systèmes sont au service des personnes ? Gageons que nous serons nombreux à répondre : non ! Dès lors, le constat s’impose : il est impossible de faire l’économie d’une réforme des structures.

Il est clair, que seule la pédagogie ne peut répondre aux défis que constituent les inégalités, l’échec scolaire, l’abandon scolaire ……

A travers la mise en œuvre du pacte, la Ministre, veut promouvoir une offre scolaire de qualité, ainsi qu’une culture de l’évaluation. En l’occurrence, nous pensons que c’est la différenciation de l’offre qui génère de l’inégalité, et que c’est d’abord à celle-ci qu’il faut s’attaquer.

En effet, l’offre scolaire détermine largement le public qui fréquente les établissements.

Vous ne trouverez pas les même élèves dans les écoles qui dispensent uniquement du général ou du qualifiant, dans les écoles qui proposent seulement des classes de première commune ou des écoles qui accueillent les enfants qui n’ont pas décrocher leur CEB, ou  qui sont des primo-arrivants. Pour le dire en d’autres termes, c’est la logique de quasi-marché scolaire qui génère de l’inégalité. Ne pas s’attaquer à cette logique, c’est se donner toutes les chances d’échouer.

Certes, réguler le quasi  marché scolaire  est périlleux. Comme l’atteste notamment l’hostilité suscitée par le décret inscription. Actualité oblige, vous retrouverez aussi dans ce numéro des articles consacrés à l’inscription en première secondaire commune.

Nous le répétons inlassablement depuis le premier numéro de «  Journal de Classe » : des mécanismes de sélection et de discrimination plombent notre système scolaire. Et ce principalement à l’inscription, à l’exclusion et à l’orientation. En l’état, le pacte pour l’excellence n’a mis aucun mot sur cette réalité. Il reste également muet sur un des objectifs essentiels du décret inscription : créer de la mixité sociale.

Quel terrible paradoxe habite notre société à l’heure où le vivre-ensemble est en souffrance. Alors que l’on fustige les replis communautaristes, comment le pacte peut-il omettre de se  soucier de la mixité sociale à l’école ?

Autre ellipse de taille en matière d’inégalité : la dimension de genre n’est jamais questionnée et pourtant celle-ci est opérante, que l’on  pense notamment  à l’orientation scolaire ou aux questions disciplinaires..

Enfin le pacte  se fixe aussi pour objectif d’être en phase avec les besoins du marché de l’emploi  et de proposer à celui-ci des jeunes « employables ». Pour notre part, nous pensons que l’école doit être avant tout un vecteur de citoyenneté ! L’éducation ne saurait se réduire à des impératifs de compétitivité et ou de flexibilité sans se dévoyer.

Alors , envie d’excellence ? Juste,  un chouia..

Chantal Massaer, Directrice

Infor Jeunes Laeken

 

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