Edito : Décret inscription – Le politique entre mutisme et déni de réalité

s2Vous payez trop d’impôts ? Vous avez mal aux dents ? votre petite amie vous a quitté ? Ne cherchez plus.. C’est la faute au décret inscription ! En cette période préélectorale, le mutisme  prudentissime des uns (CDH, PS, ECOLO) répond en écho à l’extrême agitation des autres (MR). Le MR le proclame a tout va : désormais, il conditionne sa participation au gouvernement à venir à l’abrogation pure et simple du décret inscription.

En effet selon Charles Michel, le décret mixité et ou inscription  génère, entre autres maux, un déficit pédagogique. Il aliène la liberté de choix des parents  et rompt la nécessaire confiance  entre l’école et la famille. En un mot comme en cent, le décret serait  illisible, incompréhensible, et inique. La solution : revenir  aux prescrits du décret Mission en matière d’inscription (pour la bonne compréhension du lecteur, celles-ci sont toujours d’application, hormis en première commune).

Afin de vérifier le bien-fondé  de cette proposition, faisons un détour par le décret Mission en question. Celui-ci  stipule qu’une école ne peut refuser une inscription qu’aux motifs suivants : l’école ne dispose plus de place, les parents ou le jeune majeur ne sont pas disposés à signer les documents légaux proposés par l’établissement ( ROI, règlement des études , projets pédagogique, d’établissement et éducatif), et enfin  le jeune qui souhaite s’inscrire à fait l’objet d’une procédure d’exclusion définitive alors qu’il était majeur.

Il est également prévu que l’école qui refuse une inscription remette spontanément une attestation où le motif du refus est précisé.

Dans la réalité des faits, nombre d’écoles s’exonèrent de leurs obligations et rechignent à fournir l’attestation adéquate (voir à ce sujet, la vidéo qui se trouve sur notre site :www.inforjeunes.eu dans la collection : « Droit scolaire, mensonge et vidéo »).

En réalité, le moment de l’inscription reste un temps de sélectivité sociale. A l’entretien, il n’est pas rare que des parents soient,  entre autres,  confrontés à des exigences financières plus qu’excessives, ou encore à des exigences académiques du genre : «  il faut 80% pour s’inscrire dans notre école » !

Certaines écoles vont jusqu’à demander aux parents de produire une fiche de paie ! Ce n’est pas un hasard, si  nombre de parents pensent que c’est l’école qui choisit son public et non l’inverse. Le retour, pur et simple au décret Mission serait en réalité une prime à la discrimination et au renforcement de la ghettoïsation.

La pénurie de place dans le fondamental plaide en réalité non pour la suppression du décret inscription, mais bien pour sa généralisation. En effet, il faut réguler les inscriptions afin de permettre une réelle transparence à l’inscription, et aller vers plus de mixité sociale.

Tout le monde s’accorde à reconnaître que l’enseignement maternel  joue un rôle important en  matière de socialisation et d’apprentissage de la langue française.Toutefois, l’absence de  d’une véritable régulation  des inscriptions s’avère dommageable pour les familles précarisées. En effet, priorité est trop souvent donnée aux familles dont les deux parents travaillent, de sorte que se sont les impératifs du marché qui prime sur  l’éducationnel.

Contrairement à ce qu’énonce, Charles Michel, le retour au décret Mission n’est pas de nature à   générer plus de liberté, ni un surcroît de confiance entre les familles et l’école.

Déréguler, c’est introduire plus d’arbitraire, de privilèges, ainsi que de compétitivité  et  de méfiance !

S’il est clair que le décret  doit évoluer, c’est  en préservant ses objectifs,  à savoir :  assurer l’égalité  de traitement à l’inscription, viser une plus grande hétérogénéité socioculturelle et socio-économique au sein des établissements scolaires.

Certains récusent   le décret  sous couvert de liberté de choix pédagogique. Hors, force  est de constater que c’est plus souvent la réputation de l’école qui détermine le choix de ces  parents que des paramètres réellement pédagogiques. Rappelons que de nombreuses « bonnes » écoles sélectionnent leur public tout au long du cursus scolaire. De sorte, que si elles organisent dix classes de première, il n’est pas rare qu’elles ne comptent plus que deux classes de Rhéto. Leur crédo – «  Marche ou crève ! » – peut-il être considérer comme une mesure pédagogique ?

En cette période si particulière qu’est la période préélectorale, nous nous prenons à rêver que les partis traditionnels, tels que le CDH, les socialistes, les écolos, se bardent de courage et fassent de la lutte contre les inégalités à l’école un des objectifs majeurs de leurs programmes. S’ils sollicitent notre voix, qu’ils donnent donc de la voix en faveur de l’école de la réussite !

Chantal Massaer – Directrice

Infor Jeunes Laeken