Décret 1e degré : un changement en forme de trompe-l’oeil ?

imLe 10 avril 2014 était voté le décret réformant le 1e degré de l’enseignement secondaire en Fédération Wallonie – Bruxelles.

A l’horizon, pas  de transformations de fond susceptibles de faire émerger une école de la réussite pour tous. Au contraire, il y a tout lieu de craindre un durcissement de la sélectivité du système.. Explications.

Pour comprendre, revenons d’abord sur la structure du 1e degré, telle qu’elle est conçue par ces nouvelles mesures qui entrent en application dès cette année scolaire 2014-2015.

Rappelons que le 1e degré se subdivise en 1e degré commun pour ceux qui ont obtenu le diplôme d’école primaire (CEB) et un degré différencié pour ceux qui ne l’ont pas obtenu (ce qui hypothèque déjà lourdement à la base la notion de tronc commun).

Le 1e degré commun

Pour les élèves qui ont obtenu le diplôme d’école primaire (CEB) à la fin des études primaires : passage en 1e année commune du secondaire (1C), suivi ensuite d’un passage en deuxième année commune (2C). NB : fini donc le « redoublement » à la fin de la 1e année et donc disparition de la 1e année complémentaire.

A la fin de la 2C :

– soit l’élève a réussi l’épreuve certificative externe et obtient le CE1D : il peut alors passer dans le 2e degré du secondaire sans restriction, c’est-à-dire n’importe quelle 3e année, soit générale soit une autre filière de son choix.

– soit l’élève n’obtient pas le CE1D, et il doit alors aller dans une 2e année supplémentaire (2S).

A l’issue de la 2e année complémentaire (2S) :

– soit il obtient son CE1D après délibération du conseil de classe, et il peut alors passer dans le 2e degré du secondaire sans restriction, c’est-à-dire n’importe quelle 3e année, soit Générale soit une autre filière de son choix.

– soit il n’obtient pas le CE1D après délibération du conseil de classe, et de trois choses l’une : il suit le conseil d’orientation défini par le conseil de classe vers une autre filière que l’enseignement général (technique ou professionnelle) ; il s’oriente vers une année S-DO (année spéciale de différenciation et d’orientation, année générale de remise à niveau lui redonnant une nouvelle chance d’aller vers le CE1D) ; soit il va dans l’enseignement en alternance (CEFA).

1edegré C

(doc. Fesec)

Le 1e degré différencié

S’adresse aux élèves n’ayant pas obtenu le CEB en primaire. Ceux-ci entrent donc en 1e année différenciée (1D). S’ils obtiennent le CEB au terme de la 1D, il passent en 1e année commune (1C) ; ceux qui n’ont pas le CEB au terme de la 1D passent en 2e différenciée (2D).

Au terme de la 1C, l’élève accède à la 2e année commune (2C).

Au terme d’une 2D, l’élève s’il obtient le CEB a le choix entre :

– un passage dans le 2e degré dans les les formes et les sections définies par le conseil de classe s’il a minimum 16 ans

– un passage en année de différenciation et d’orientation (S-DO) s’il a 16 ans minimum

-un passage en 2e supplémentaire (2S)

-un passage en CEFA (alternance)

S’il n’a pas eu le CEB en 2D, il a le choix entre :

-un passage en 2e supplémentaire (2S)

-un passage en année S-DO

-un passage en CEFA

1edegré D
(doc. Fesec)

Une incohérence manifeste sur le fond

Voilà donc pour l’essentiel de la structure. Nous ne détaillerons pas les mesures relatives au projet individuel d’accompagnement (PIA), à la grille horaire (30-32 h), aux activités complémentaires, mesures qui par ailleurs étaient déjà en oeuvre avec de légères nuances depuis 2006.

Les alternatives présentées comme relevant du choix des parents (voir graphiques) existaient déjà comme possibilités légales même si elles n’étaient pas mises en avant de manière formelle comme c’est à présent le cas. (NB : lorsqu’on invoque le choix des parents, il faudrait au minimum que ce soit un choix éclairé. Or, on constate que les parents des familles les plus précarisées – donc celles aussi où les parcours scolaires sont souvent chaotiques – ne maîtrisent pas l’information, et donc opèrent souvent des choix biaisés par méconnaissance des enjeux, et par incapacité d’effectuer des stratégies de choix autrement que sur le court terme)

Ce qu’il est toutefois important à observer, c’est qu’en cas de non obtention du CE1D (certificat d’enseignement secondaire du 1e degré), l’attestation (qui doit être motivée par le rapport de compétences et qui précise les formes et sections d’enseignement auxquelles l’élève a accès) doit formuler les filières possibles en termes de perspectives et non de restrictions. Cette orientation est contraignante au niveau des formes et des sections définies. Cela signifie que les formes et sections d’enseignement qui ne seront pas citées au rapport seront interdites à l’élève. Par exemple, si le conseil de classe définit la 3TQ uniquement, l’élève ne pourra fréquenter ni la 3G, ni la 3TT, ni la 3P.

Cette structure présentée comme nouvelle, n’est guère innovante (hormis certains aménagements, comme, par exemple, la suppression de la 1e année complémentaire).

Pour l’essentiel, cette réforme affine et rationalise un dispositif déjà existant. Dispositif toujours générateur de dualisation, puisque la sélection s’opère dès le CEB avec l’entrée le 1e degré commun ou différencié. En outre, les chiffres portant sur la réussite des épreuves externes liées au CE1D indique un taux de réussite global de 51% (année 2012), soit pratiquement 1 élève sur deux. Dans un tel contexte, on voit mal comment ce « nouveau » dispositif pourrait endiguer les mécanismes de relégation qui opèrent précocement au sein du système, et qui se prolongent et se creusent au-delà du 1e degré, avec en aval l’impact majeur sur la problématique de l’insertion socioprofessionnelle.

On perçoit dès lors mal aussi comment la prétendue « école de l’excellence » pour tous, telle qu’elle est annoncée dans la déclaration de politique gouvernementale de la FWB de juillet 2014, pourrait émerger.

On ne peut qu’être perplexe quant à l’inadéquation patente entre ce mécanisme de tri et de sélection implanté au 1e degré et la volonté affichée de créer un tronc commun « polytechnique », tel qu’annoncé dans la déclaration de politique gouvernementale de la FWB. Il y a là manifestement une incohérence sur le fond.

Il est donc plus que probable que cette réforme concourt, sinon à accentuer, du moins à consolider le manque d’égalité qui caractérise notre système scolaire, avec d’un côté les « bons éléments » qui suivront le chemin de l’enseignement général avant d’aborder celui du supérieur, et de l’autre côté les laissés-pour-comptes qui continueront à venir grossir les rangs des filières de relégation.

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken

– Bases légales :
 
Déclaration de politique gouvernementale 2014-2019 de la FWB
 
Décret du 11/4/2014 réformant notamment le 1e degré de l’enseignement secondaire

 

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