Cachez cet ISEF que je ne saurais voir

Les-inscriptions_zoom_colorboxLe législateur a prévu un levier majeur en matière de régulation des inscriptions : le mécanisme ISEF. Indice socio-économique faible.

Peu mis en avant, il passe quasi inaperçu dans la présentation du formulaire d’inscription. Si bien qu’il est fort mal connu des familles fragilisées qu’il est pourtant censé aider.

L’ISEF est lié à l’école primaire fréquentée par l’élève. Si l’école est située dans un secteur (1) dont le niveau socio-économique est faible, celle-ci sera classée ISEF. Comment le savoir ?

La plupart des parents méconnaissent cette information. Une fois le formulaire en leur possession, la plupart continuent à l’ignorer car le code ISEF y est renseigné discrètement en petit caractère. C’est en effet l’administration qui pré-imprime cette donnée sur les formulaires, les parents n’ayant rien à remplir eux-mêmes concernant cet élément-là. A vrai dire, beaucoup ne le perçoivent même pas tant sa mention est peu visible (moins d’une ligne en haut sur la deuxième page du formulaire).

« Normal ! », diront certaines belles âmes : « Il ne faut pas stigmatiser les parents de milieux précarisés en rappelant trop explicitement qu’ils sont dans la difficulté ! » C’est ce qui à leurs yeux justifierait que l’on fasse le moins possible référence à l’ISEF, que l’administration ne désigne ni comme une priorité (comme la fraterie, les parents travaillant à l’école, etc.) ni comme un critère de classement (critères géographiques, etc.). Donc, un indice qui échappe à toute catégorisation en somme. Comme s’il convenait de taire pudiquement le problème auquel le décret tente d’apporter solution, à savoir : réduire les inégalités sociales criantes qui caractérisent notre système scolaire !

L’ISEF est, en l’espèce, un levier majeur conçu à cette fin. Car il permet aux élèves, bénéficiaires de cet indice, de faire partie des 20 premiers pourcents (20,4 exactement) du classement en ordre utile dans les écoles où les demandes d’inscription excèdent l’offre des places.

En conséquence, savoir que son enfant vient d’une école primaire en ISEF est une information essentielle pour les parents. Car il peut permettre à ceux-ci de poser un choix d’école secondaire qu’ils ne feront peut-être pas s’ils ignorent qu’ils disposent de cette « priorité ». A moins que maintenir les milieux populaires dans l’ignorance participe de l’entretien de leur auto-ségrégation.. Mais qui pourrait imaginer un seul instant que celles et ceux qui sont à la manoeuvre puissent avoir si mauvais esprit..

Ce manque de visibilité et de lisibilité est une première difficulté de l’ISEF actuel. Une difficulté supplémentaire réside aussi dans son contenu et la manière dont il est calculé.

Pour l’heure, l’ISEF est toujours celui du secteur (1) dans lequel se situe l’école. D’où problème. Pourquoi ?

Car les données statistiques qui déterminent l’ISEF ne sont pas pour le moment actualisées, on utilise actuellement des données recueillies il y a plusieurs années. Or, certains quartiers populaires, par exemple, se sont « gentrifiés » au fil des ans : une classe moyenne les a progressivement investis, et le profil social des écoles primaires qui s’y trouvent s’est donc aussi modifié avec le temps. Si bien que des familles aisées peuvent aujourd’hui bénéficier d’un avantage ISEF, alors qu’elles sont dotées d’un capital culturel et économique nettement au-dessus de celui des familles des milieux populaires auxquelles l’ISEF est normalement destiné.

Il y aurait donc lieu non seulement d’actualiser les données statistiques, mais surtout de relier l’ISEF non pas au secteur (1) où se situe l’école, mais à un indice socio-économique individualisé.

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken

(1) Pour une définition de la notion de secteur, lire : FAPEO : « L’indice socio-économique des écoles Comment ça marche ? A quoi ça sert ? »

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