Atelier 2 : Comment les acteurs de l’enseignement peuvent-ils combattre les discriminations sociales à l’école?

Animation : Jean-Pierre Coenen (Enseignant et Président de la Ligue des Droits de l’Enfant) et Léon Detroux (Enseignant et Président de la CSC Enseignement – Bruxelles)

LDDE   csc enseignement

Objectif de l’atelier : mieux cerner les moyens et les outils dont les enseignants et les acteurs de l’école pourraient se servir pour lutter contre les discriminations sociales au sein des établissements scolaires.

Cet atelier a établi plusieurs constats pour ensuite questionner les différents participants sur la manière dont ils pourraient réagir face à ces derniers. Une série de pistes a émergé lors de l’énonciation de ces constats.

Premier constat : tout d’abord, on a pu mettre en exergue l’existence d’un déficit d’information chez les enseignants et chez les directions d’école en matière de connaissance des structures (filières, options..) de l’enseignement obligatoire. Cette méconnaissance a notamment pour effet de biaiser, dans de nombreux cas, l’orientation des élèves en fin d’année (en secondaire via les AOA, AOB, AOC). Différents remèdes peuvent être apportés à pareille situation.

Le médiateur scolaire est une ressource sur laquelle les enfants et les enseignants devraient pouvoir compter. Il permet, notamment d’aider à résoudre des problèmes relationnels entre élèves, entre des parents d’élèves et les membres du personnel, entre les membres du personnel et des élèves ou groupe classe. Le conseil de classe joue bien entendu également un rôle essentiel dans l’établissement scolaire mais les conflits de valeurs dépassent celui-ci.

Souvent, la pédagogie n’a pas de place au sein du conseil de classe.

Se pose également la question de la formation initiale des enseignants, à savoir de la nécessité d’instaurer un Master à filière pédagogique de 5 ans au lieu d’une filière de trois ans. Le Ministre Marcourt annonce sa volonté de réformer la formation des enseignants, mais des problèmes de financement semblent subsister pour mener ce projet à bon port.

D’autre part, on peut également remarquer que certains enseignants ne sont pas proactifs. Or, ils pourraient instaurer une dynamique plus participative en classe. On peut également éviter de séparer les élèves « forts » et « faibles » et revaloriser les filières professionnelles et techniques.

Les professeurs peuvent être face à un problème de mixité mais celui-ci dépend en partie du bon vouloir de ceux-ci. Les cours philosophiques peuvent favoriser un échange sur la question ainsi qu’être à l’écoute des élèves.

Evidemment, la place du professeur doit être reconnue pour qu’il y ait une possibilité de donner le goût d’apprendre aux élèves. Celui-ci doit être maître de la classe mais en faisant preuve de souplesse, d’adaptation en fonction des situations et ainsi éviter les sanctions définitives.

Une meilleure pédagogie implique une transmission du savoir réciproque avec une remise en question des méthodes classiques d’enseignement rigide. Néanmoins, certains problèmes concrets se présentent au professeur comme par exemple la surpopulation dans les classes ou encore le manque de soutien à l’intérieur de l’école. Le changement peut faire peur et ainsi créer des conflits à l’intérieur du corps professoral. Le travail d’équipe est dès lors à encourager. Il existe également des risques de nomination automatique ce qui peut conforter le professeur dans des mauvaises attitudes.

Deuxième constat : la composition du corps professoral. En effet, la mixité sociale à l’école doit aller de pair aussi avec un corps professoral mixte. Or, les syndicats constatent qu’on est loin du compte : une ségrégation importante s’opère lors du recrutement des profs. Il est pourtant possible d’inverser cette tendance.

Troisième constat : en matière d’exclusion scolaire, la décision en tant que telle revient au directeur, mais avant d’en arriver là, il y a des étapes préalables dans lesquelles l’enseignant est impliqué. Il faut donc outiller l’enseignant pour mieux gérer les choses à son niveau et, éventuellement, éviter de devoir recourir à l’exclusion.

L’école reste un lieu d’apprentissage y compris sur les questions de comportement. Dès lors, un lieu de parole doit pouvoir s’y inscrire afin que des échanges entre élèves et enseignants puissent naître et favoriser ainsi la médiation. Un travail avec les associations externes à l’école et la création de partenariats ainsi que des plates-formes de rencontres et d’échanges sur le travail entre les acteurs éducatifs peut renforcer la médiation. Les associations pourraient par exemple être invitées à participer au débat concernant un élève avant de prendre une quelconque décision disciplinaire.

Un exemple : l’Institut des Ursulines représente « l’école citoyenne » qui consiste à responsabiliser les élèves en leur donnant un rôle. Le Conseil de classe décide sur base d’un règlement créé par les élèves eux-mêmes. La parole au sein-même de l’établissement est ainsi renforcée.

Quatrième constat : le Conseil de Participation peut être le garant effectif de la bonne application du projet d’établissement. Pour ce faire, des règles d’évaluation doivent exister à l’égard des enseignants et des directeurs. Le directeur doit être garant du projet pédagogique et inclure les personnes participantes.

Cinquième constat : concernant la répartition des élèves en première secondaire, il semble que dans la plupart des écoles on n’applique pas la mixité scolaire mais on regroupe les plus forts entre eux et on relègue les plus « faibles » dans des classes spécifiques. Dès lors des moyens doivent être développés pour induire la mixité et l’hétérogénéité des publics, et combattre cette sélectivité. Ne faudrait-il pas envisager des stratégies et des démarches de relations publiques vers la presse, en vue d’amener les médias à s’intéresser et à mettre en évidence les établissements scolaires pratiquant la mixité sociale et scolaire avec succès ? Chose qui ne se fait pratiquement jamais actuellement.

L’utilité de classer les élèves par option pourrait aussi être remise en cause. Au final, on s’arrange pour que les groupes ne se mélangent pas. A nouveau le Conseil de Classe intervient à travers son pouvoir décisionnel mais celui-ci s’avère souvent arbitraire et dès lors les conflits de valeurs sont reportés sur les élèves.

Le Décret Mission parle de valeurs humaines et de respect. Il faut dès lors travailler sur le bien-être, sur l’estime et les problèmes d’identités. Dès lors, il faut trouver une alternative pour ne pas mettre toujours tous les élèves en difficulté dans une même classe.

Le statut de l’enseignant doit être resitué et son rôle doit être étendu en dehors des schémas classiques qu’on a tendance à lui imposer. Des propositions de tutorat et de coopération peuvent être mises en place. Les instituteurs ont le temps de s’occuper des élèves en difficulté, même dans une classe de 26 élèves. Cependant, ils passent une majeure partie de leur temps à évaluer. Il  faudrait donner plus de temps à l’enseignement, avec plus d’évaluation formative et moins d’évaluations-sanctions.

Web : http://www.ligue-enfants.be/  et  http://www.csc-en-ligne.be/ 

 

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