Atelier 1 – Les jeunes et la police au temps du COVID

Animateur : Pierre-Arnaud Perrouty, Directeur de la Ligue des Droits Humains

D’entrée de jeu, il est rappelé la pertinence de l’outil PoliceWatch, mis en ligne par la Ligue, outil qui fut relancé dès le 1e confinement : https://policewatch.be/ Il s’agit de l’Observatoire des violences policières, dont les maîtres mots sont : informer – Analyser – Agir Il regroupe des informations sur les droits ainsi que des témoignages de victimes de violences policières et de témoins de ces mêmes violences.

L’intérêt d’un tel outil tient au fait que l’état belge ne communique pas sur les violences policières et donc nombre d’entre elles échappent aux « écrans radars ».

Le site est un point de départ pour agir : intervenir dans des débats, faire des communiqués de presse, organiser des formations sur les droits face à la police, déposer plainte, etc.

La ligue a ouvert un dossier sur les abus policiers durant le confinement. Des témoignages relayés par UNIA et Médecins du Monde ont été également consignés. Il ressort du dossier que dès lors que l’on cumule les catégories « jeunes » « pauvres » « étrangers », ça dérape très vite…

Infor Jeunes Laeken a également recueilli des témoignages de jeunes lors de ses permanences. Ceux-ci ont d’ailleurs sous-tendu l’interpellation parlementaire cosignée par 10 associations de terrain : http://inforjeunes.eu/wp-content/uploads/2020/11/Covid-Interpellation-du-Parlement-2020.pdf

Le PTB a recueilli aussi de nombreux cas. Il dénonce le profilage ethnique, ainsi que les trop nombreux jeunes morts suite à des courses-poursuites avec la police. Tout cela à l’heure où le procès consécutif à la mort du jeune Adil à Anderlecht s’est soldé par un « non-lieu » en faveur du policier qui a percuté le jeune avec sa camionnette. A l’heure aussi où l’affaire de la petite Mawda, tuée suite au tir d’un policier, a refait la une de l’actualité. Faut-il rappeler qu’il n’y a pas lieu que des policiers tirent sur un véhicule dès lors qu’eux-mêmes ne sont en aucune manière menacés ?

Le constat de la LDH est que la formation initiale et continuée des policiers pose problème ainsi que le recretument. A cela s’ajoute le fait que beaucoup de policiers sont sous l’emprise de la loi du silence. La question de la preuve est souvent présente aussi : pas d’images, pas de certificats… Lorsqu’il y a condmnation de policiers, ce sont la plupart du temps de légères sanctions ou la suspension du prononcé. IL faut souvent une pression médiatique considérable pour qu’il y ait écartement du ou des policiers qui ont fauté (cf. affaire Chovanec).

En termes d’éléments, une piste à suivre : c’est le récépissé. C’est cela qui permet de garder une trace des contrôles.

Il est essentiel d’affirmer encore et encore le droit de filmer la police ! C’est légal de filmer la police en Belgique. Sur ce thème, la LDH a organisé il y a un an une expo à la Pianofabriek à St Gilles, intitulée « Don’t shoot ». Des photos non floutées de violences policières y étaient exposées. La police a demandé à la Ligue de flouter les photos de l’expo, ce que la LDH a refusé. La Ligue a refusé au motif que les policiers sont des fonctionnaires publics agissant dans l’espace public, il n’y a donc pas de raison qu’ils soient invisibilisés. Un procès au civil s’en est suivi suite à une plainte de la police, et à l’issue de celui-ci le jugement a reconnu le droit d’exposer et de publier les photos sans floutage…

Une autre conséquence de la crise et du rapport des jeunes à la police dont on parle peu est l’impact sur la santé mentale.

Pour beaucoup de jeunes, principalement issus de la diversité, il y a une crainte à se déplacer dans l’espace public.

Dans la zone de police Bruxelles Nord, la police de proximité a été supprimée, ce qui, aux yeux des associations de terrain, a eu des effets négatifs sur les rapports avec les jeunes car les contacts sont devenus plus abrupts et beaucoup moins fluides avec les services de police.

Une piste de solution consisterait à agir au niveau local, en activant et facilitant la prise de parole des jeunes sur le plan communal, ce qui serait une manière de mettre en œuvre dans un cadre démocratique une démarche de résolution de problèmes avec les jeunes en tant que parties prenantes. 

Synthèse : Eric Bruggeman – Infor Jeunes Laeken

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