Wilmès, Macron – pas les mêmes mots pour s’adresser aux citoyen·ne·s

L’allocution de Sophie Wilmès du 17 mars annonçant le lockdown en Belgique était empathique, claire et concise (12 minutes). Celle d’Emmanuel Macron un jour auparavant était longuette (21 minutes), paternaliste et pompeuse. 

Sophie Wilmès concise et solidaire

Le choix d’un discours concis était clé pour annoncer les nouvelles mesures de confinement. Il permettait de garantir l’attention et la compréhension des citoyen·ne·s nécessaires pour l’adhésion aux nouvelles mesures de confinement.

La Première Ministre prendra deux fois moins de temps pour s’adresser à la Belgique que le Président ne le fera auprès des “Françaises, français”. Timing d’autant plus impressionnant que le discours était en français et néerlandais. 

Ces deux exemples confortent les analyses de genre sur la prise de parole des femmes en public. En effet, contrairement à la croyance populaire qui attribue aux femmes le bavardage, plusieurs études montrent que celles-ci auraient tendance à moins parler en public. Pourquoi ? Parce qu’elles ont malheureusement appris d’expérience qu’en politique ou dans le monde du travail, bien que les hommes volubiles sont perçus comme plus compétents, les femmes ayant les mêmes tendances sont pénalisées. Slate et The New York Times

Structurée, elle a exposé la situation en Belgique, rappelé les mesures précédentes et annoncé le lockdown et les mesures renforcées qui en découlent. Elle remercie, fait preuve d’empathie, appelle à la solidarité ainsi qu’à l’entraide. Le ton est grave sans tomber dans une parodie solennelle. 

Elle n’a pas recouru à la métaphore guerrière souvent utilisée dans le discours de leaders (Veronika Koller) souhaitant plus d’adhésion.

Emmanuel Macron chef de guerre martial

Nous sommes en guerre”, Le Président français utilisera cette métaphore à plusieurs reprises. Elle transpire une virilité toxique inadéquate lors d’une pandémie. Maxime Combes l’explique ici :

“Nous ne sommes pas en guerre car la pandémie à laquelle nous sommes confrontés exige des mesures plutôt opposées à celles prises en temps de guerre : ralentir l’activité économique plutôt que l’accélérer, mettre au repos forcé une part significative des travailleuses et travailleurs plutôt que les mobiliser pour alimenter un effort de guerre, réduire considérablement les interactions sociales plutôt qu’envoyer toutes les forces vives sur la ligne de front.” 

De plus, la métaphore est plutôt mal choisie puisqu’elle fait appel à un imaginaire masculin de guerre et de soldats alors les soignant·e·s sont majoritairement des femmes : 87% d’infirmières (13% d’infirmiers), 92% d’aide soignantes (8% d’aide soignants). (Statistiques Annuelles des Professionnels de Soin de Santé en Belgique – 2018)

Deux styles différents donc pour s’adresser aux citoyen·ne·s Belges et Français·e·s à propos des nouvelles mesures de lockdown contre le Covid-19. L’une informant d’adulte à adulte et solidaire, l’autre plus paternaliste et poussiéreuse.

Article d’Infor Jeunes Laeken dans le cadre de la Campagne sur les Pavés l’Égalité

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