Ce dont les supporters du « libre choix » ne parlent jamais

orientation_selectionOu comment, sous couvert de liberté, les inégalités se maintiennent, voire se développent..

Les opposants à toute forme de régulation du système scolaire brandissent d’ordinaire l’étendard de l’article 24 de la Constitution (liberté des parents quant au choix de l’école de leurs enfants) pour justifier leur refus (de régulation). Ce faisant, ils font fi de toute analyse sur ce que peut bien vouloir dire le « libre choix » dans le contexte de quasi-marché scolaire qui est le nôtre, et qui, pour le dire sans détour, ne signifie rien d’autre qu’une cooptation entre une famille et une école qui partagent le même « profil » social. Cette volonté de persévérer dans l’entre-soi, ce refus de l’autre, et donc de la mixité sociale, constituent un facteur majeur du caractère particulièrement inégalitaire de notre système d’enseignement, comme l’ont démontré depuis plusieurs années les enquêtes de l’OCDE ainsi que les indicateurs de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Mais, le plus étonnant chez ces apôtres de la sacro-sainte « liberté », c’est que ceux-ci se sont toujours bien gardés de la revendiquer, et même de l’évoquer, pour ce qui est de l’orientation de l’élève dans le cursus secondaire. Rien de plus normal, selon eux, qu’une orientation contrainte à la fin du 1e degré ! (ainsi qu’au cours des années supérieures du secondaire)

Or, quand on sait que 2 élèves sur 3 à l’issue du 1e degré sont orientés vers les filières techniques (transition et qualification) ou professionnelle, sans aucune adhésion personnelle, comment pourrait-on s’étonner que le taux d’échecs, de décrochage et d’abandon y soit particulièrement élevé ? Comment voudrait-on qu’elles soient autre chose que des filières de relégation, sauf à les désigner hypocritement comme les filières de « l’intelligence de la main », qui se distingue de l’intelligence du concept, pratiquée par ceux qui ont « vocation » à suivre l’enseignement général.

Le dépassement de l’orientation contrainte – et de son corollaire : l’école de la sélection – suppose certaines conditions pour pouvoir se réaliser : certes une formation des enseignants à la mixité des publics, mais aussi un changement structurel qui passe par la mise en place d’un tronc commun général et polytechnique – pour tous – jusqu’à 16 ans (c’est-à-dire jusqu’à la fin du 2e degré actuel). La spécialisation qualifiante n’intervenant alors qu’après.

Faut-il ajouter que ce n’est que sur cette base que l’on pourra parler d’une véritable revalorisation de l’enseignement qualifiant ?

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken

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