Orientations abusives vers le spécialisé

DSC_1320Chaque année de nombreux enfants sont orientés vers le spécialisé, souvent sans être porteurs d’un réel handicap, sur base d’un rapport d’un Centre Psycho Médico Social (CPMS). Une réalité qui nécessite le rappel de certaines règles.

  • Qui peut orienter vers l’enseignement spécialisé ?

– le CPMS (types : 1, 2, 3, 4 ou 8) ;

A noter : les parents peuvent refuser la guidance du CPMS en début ou en cours d’année scolaire, en remplissant un document ad’hoc, qui, en principe doit être proposé par l’école ou qui peut être obtenu sur demande à la Direction du Centre PMS.

– un office d’orientation scolaire et professionnelle ou tout autre organisme offrant les mêmes garanties (1)  reconnu et subsidié par la Fédération Wallonie Bruxelles doit établir un rapport (types : 1, 2, 3, 4 ou 8) ;

-un pédiatre (type 5) ;

-un spécialiste en ophtalmologie (type 6)

– un spécialiste en oto-rhino-laryngologie (type 7).

  • Comment doit se dérouler l’orientation et l’inscription dans le spécialisé ?

– L’organisme/le spécialiste établit un rapport d’orientation proposant l’inscription, dans tel ou tel type, dans l’enseignement spécialisé ;

– Les parents (les personnes investies de l’autorité parentale) doivent marquer ou refuser leur accord à l’orientation. En cas de refus, l’enfant ne peut pas y être inscrit.

 Ce qui pose question.

En quinze ans, le nombre d’élèves accueillis dans l’enseignement spécialisé a augmenté de 25,7 %, passant de 26 891 à 33 820 jeunes. Cette augmentation est spécifique à certains « types » de l’enseignement spécialisé, à savoir les type 8 (troubles instrumentaux et troubles d’apprentissage) et type 1 (retard mental léger). Les raisons ne découlent pas toujours d’une augmentation d’enfants porteurs de handicaps ou de troubles instrumentaux, mais plus souvent d’une orientation inadéquate des enfants de milieu socialement défavorisés. Autrement dit, la majorité des élèves qui sont orientés vers l’enseignement de T8 et de T1 n’y ont, tout simplement, pas leur place. Cette  réalité est majoritairement bruxelloise mais n’épargne pas pour autant la Région Wallonne.

En 2008 déjà, la Commission de pilotage s’était inquiétée de la forte augmentation de l’orientation vers l’enseignement spécialisé, et de la forte corrélation de cette orientation dans le type 8 avec le niveau socio-économique de l’élève. La difficulté de la réintégration des élèves issus de l’enseignement spécialisé de type 8 dans le secondaire avait été également soulignée, plus de 90 % des élèves fréquentant le type 8 n’obtenant pas leur CEB et étant orientés vers une première année secondaire différenciée, début d’un parcours aussi chaotique que discriminatoire.

Plus interpellant, 39 % de ces élèves qui, nous le rappelons, n’ont absolument aucun handicap, se voient, chaque année, orientés en fin d’école primaire vers l’enseignement spécialisé secondaire de type 1 (handicapés mentaux légers), l’enseignement de T8 n’existant pas en secondaire. Quel que soit leur parcours en secondaire, hors l’exception qui confirme la règle, tous ces élèves finiront indubitablement dans une filière qualifiante (ou sous-qualifiante, via l’enseignement spécialisé), hypothéquant ainsi leur avenir et leur espoir d’ascension sociale, alors qu’ils ont toutes les compétences intellectuelles pour suivre un cursus scolaire « normal

L’augmentation du nombre d’enfants vers certains types de l’enseignement spécialisé est due principalement à l’échec de certaines écoles qui ne peuvent plus – ou ne veulent plus – suivre certains de leurs élèves, pour des raisons essentiellement sociales : familles paupérisées ou étrangères, ne pouvant aider leurs enfants ou leur payer des cours particuliers, n’ayant pas trouvé de place dans les écoles de devoirs, élèves ne possédant pas la langue de l’enseignement, regroupement d’élèves cumulant les difficultés socioculturelles dans certains établissements qui sont dépassés, …

Affirmer que le type 8 de l’enseignement spécialisé – mais aussi trop souvent les types 1 (handicap mental léger), type 2 (handicap mental modéré à sévère), et type 3 (troubles du comportement) sont trop souvent des enseignements « poubelle » est malheureusement une vérité. Ces milliers d’élèves sont littéralement « jetés » de l’enseignement ordinaire alors qu’ils ont les compétences intellectuelles adéquates, mais ont le malheur de provenir de milieux sociaux défavorisés ou précarisés et pour lesquels les écoles ne parviennent pas – ou ne veulent pas – mettre des dispositifs pédagogiques visant la réussite de tous en place. L’enseignement spécialisé est trop souvent la voie de garage par laquelle l’enseignement ordinaire se débarrasse de ses élèves les plus en difficulté.

La place de tous les enfants est à l’école « ordinaire », quelles que soient leurs difficultés d’apprentissage (physiques ou intellectuelles). Si certains enfants, de par leurs difficultés de vie, ont besoin d’un encadrement et/ou d’une aide spécifique – et donc d’un passage momentané vers un enseignement plus spécialisé – celui-ci doit être limité dans le temps et avoir pour objectif exclusif l’intégration en milieu ordinaire, dans une filière de transition au moins jusque 16 ans.

Philippe De Bel

Infor Jeunes Laeken

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